Régulièrement, l’Appel d’Être invite des artistes, chercheurs, journalistes, écologues à répondre à la manière dont il interagissent avec les autres vivants… Ou à proposer leur vision sur la nature, la biodiversité. Originaire des Vosges et passionnée par le vivant, Anaïs cherche à garder une trace de ses rencontres avec les animaux qui représentent ses plus beaux souvenirs. Elle partage ce goût pour la photographie animalière sur son compte Instagram. Elle a répondu, en toute franchise à notre questionnaire…
Bonjour Anaïs, quel est votre souvenir le plus ancien de contact avec le vivant ?
Mon souvenir le plus ancien de contact avec le vivant est sonore. Quand j’étais petite, je vivais dans une maison de campagne dans les Vosges et il y avait des loirs dans la toiture. J’avais très peur, surtout la nuit. Je ne savais pas ce que c’était, j’imaginais presque que c’était des monstres. Mais quand j’ai finalement découvert qu’il s’agissait de loirs, que j’ai regardé leur allure, comment ils se comportaient, etc. j’ai été rassurée. Ce souvenir est devenu positif et il m’a appris quelque chose d’important : on a souvent peur de ce qu’on ne connaît pas. Comprendre un animal permet de mieux le respecter. C’est un peu la même chose pour les insectes ou les araignées : beaucoup de gens les écrasent par réflexe alors que la plupart sont inoffensives. Apprendre à les connaître change complètement notre regard et notre attitude.

Votre animal / plante préférée ?
J’ai deux animaux préférés. Le premier, de toujours, c’est le chevreuil. Je l’associe à des souvenirs très positifs de sorties en forêt avec mon papa : observer ces animaux était un vrai moment de bonheur. En plus de cela, mon école était tout près de la forêt et je pouvais parfois apercevoir leur silhouette en sortant des cours et ça illuminait vraiment ma journée. Mon deuxième animal préféré est le tapir. Lors d’un voyage au Costa Rica, j’ai vécu une rencontre qui m’a profondément marquée avec une maman tapir et son bébé. Ce moment rare a été bouleversant et maintenant je pense à cet animal tous les jours.

Quant à ma plante préférée, c’est le lilas. Je l’associe, encore une fois, à des souvenirs d’enfance. Dans mon village, nous avions une tradition au mois de mai où nous allions chanter dans les maisons, toujours accompagnés d’un bouquet de lilas. Il y avait aussi plusieurs lilas dans la maison de campagne où je vivais, avec des couleurs magnifiques et une odeur incroyable. Pour moi, le lilas est synonyme de souvenirs heureux et d’enfance. Je suis beaucoup dans la nostalgie dans cette interview j’ai l’impression (rires) !
La qualité que vous enviez le plus au vivant ?
La qualité que j’envie le plus au vivant, c’est sa fidélité à l’essentiel. Les animaux restent profondément en lien avec leur nature et ce dont ils ont vraiment besoin. Nous, les humains, je trouve que nous avons tendance à nous éloigner de notre nature profonde, à nous entourer de superflu et à compliquer notre vie avec des désirs plutôt artificiels. Les observer me rappelle ce qui est vraiment fondamental et me ramène moi aussi à l’essentiel.
Ce que vous appréciez le plus dans vos rapports aux autres vivants ?
D’abord, de mon côté, ce que j’apprécie le plus, c’est cette capacité d’émerveillement qui ne m’a jamais vraiment quittée : à 27 ans comme quand j’étais enfant, il suffit qu’un animal sauvage apparaisse, même un rouge gorge ou une tourterelle sur ma terrasse, pour que le monde s’arrête et que plus rien d’autre n’existe.

Du côté des animaux, ce que j’admire profondément, c’est la confiance que certains peuvent nous accorder ainsi que leur bienveillance. Je vais citer encore une fois ma rencontre avec une maman tapir et son bébé au Costa Rica. Le tapir de Baird est une espèce aujourd’hui menacée d’extinction à cause des activités humaines, et pourtant, ils n’ont manifesté aucune crainte à notre égard. Ils étaient allongés, paisibles, et le petit continuait à téter sa mère pendant que nous étions présents. Nous avons échangé quelques regards et cette confiance absolue, malgré notre proximité, m’a profondément émue. Je précise que nous étions accompagnés d’un guide expérimenté et que, même s’ils ne semblaient pas dérangés, nous n’avons pas prolongé ce moment afin de respecter leur tranquillité.
Le seul défaut que je trouve au vivant ?
C’est une question super difficile et j’ai vraiment dû me creuser la tête pour trouver une réponse. Je dirais que ce qui peut parfois me sembler dur dans le vivant, c’est le côté impitoyable de la nature. Par exemple, quand certaines mères sacrifient leurs petits les moins en forme. Avec mon œil un peu émotif, ça me fait mal au cœur. Mais en réalité, ce n’est pas un défaut : c’est la logique de la survie. Tout cela fait partie de l’équilibre naturel et c’est normal.
La personne qui vous a le plus inspiré dans votre connexion au vivant ?
La personne qui m’a le plus inspirée, c’est mon papa. Lorsque j’étais enfant, je passais énormément de temps à jardiner avec lui et à découvrir la nature sous toutes ses formes : la terre, les insectes, les fruits, les légumes. Nous faisions aussi de nombreuses sorties en forêt pour observer les animaux. C’est lui qui m’a transmis cet amour du vivant. Aujourd’hui, même s’il n’est plus là, j’ai le sentiment qu’il m’accompagne dans chacune de mes sorties en pleine nature et dans mes rencontres avec les animaux.
Le compte Instagram d’Anaïs : @anaisalaffut


